fleurs toutes jaunes

Publié le par - iris -



à travers les stores vénitiens j'ai vu un gros en veste marron
(avec une tête que je ne peux décrire que comme un marshmallow)
tirer le cercueil hors du corbillard : il était gris comme un cuirassé
avec des fleurs toutes jaunes.
ils l'ont mis sur une civière roulante recouverte d'un drap violet
et l'homme marshmallow et une femme blême tirée à quatre épingles
ont gravi la pente pour lui... et là...
instant unique – éblouissant – horrifique – gore – de fin du monde !
ils ont failli LE perdre, une fois –
j'ai vu le cadavre rouler
comme un dé jeté au cours d'une partie perdue d'avance - moulinant
des bras et shootant dans les ballons automnaux.

ils l'ont fait dans l'église
et je suis resté dehors
ouvrant mon cerveau à la vive lumière du soleil.

dans la chambre avec moi, elle chantait et se passait la main dans ses
longs cheveux d'or. (c'est vrai, Arturo, et c'est ce qui
rend ça tellement simple.)

« je viens juste de les voir rentrer un cadavre »,
lui dis-je.

c'est l'automne, il y a des arbres et des fils téléphoniques,
et elle chante une chanson que je ne comprends pas, une sorte de
Grand-Messe de la Vie.

et elle a continué à chanter mais je voulais mourir
je voulais des fleurs jaunes comme ses cheveux d'or
je voulais des chansons jaunes et le soleil.
c'est vrai, et c'est ça qui rend ça tellement étrange :
je voulais être ouvert et dénoué et
jeté.






C. Bukowski 
les jours s'en vont comme des chevaux sauvages dans les collines


Commenter cet article