pensée de la semaine

Je n'aime lire que ce que je ne comprends pas. Ne comprenant pas, je peux imaginer des multiples interprétations. (S. Dali)

faites-moi de la pub !

que lis-je ?

  • Les Valseuses - B. Blier
  • Roméo et Juliette - W. Shakespeare
  • Chagrin d'école - D. Pennac
  • Les nuits fauves - C. Collard
  • Là-bas si j'y suis - D. Mermet
  • Demande à la poussière - J. Fante
  • Le Dictionnaire du Diable - A. Bierce
  • Trainspotting - I. Welsh
  • Junky - W. Burroughs
  • W ou le souvenir d'enfance - G. Perec
  • Tête de Turc - G. Wallraff
  • Le Vieil homme et la Mer - Hemingway
  • Le manifeste d'Attac
  • La pitié dangereuse - S. Zweig
  • Paradis Artificiels - C. Baudelaire
  • La Divine Comédie - Dante
  • Tristessa - J. Kerouac
  • L'homme aux cercles bleus - F. Vargas
  • 1984 - G. Orwell
  • Hygiène de l'assassin - A. Nothomb
  • Sur la route - J. Kerouac
  • Les Yeux d'Elsa - L. Aragon
  • Les fleurs du mal - C. Baudelaire
  • Les liaisons dangereuses - C.de Laclos
  • Le parfum - P. Suskind
  • L'écume des jours - B. Vian
  • Voyage au bout de la nuit - L-F. Céline
  • Le livre secret des Fourmis - B. Werber
  • Art - Y. Réza
  • Fahrenheit 451 - R. Bradbury
  • Antigone - J. Anouilh
  • L'attrape-coeurs - J.D Salinger
  • Hollywood - C. Bukowski
  • Jane Eyre - E. Brontoë
  • Pars vite et reviens tard - F. Vargas
  • La Peste - A.Camus
  • Les étrangers sont Nuls - P. Desprogres
  • Kingdom of Fear - Hunter S. Thompson
  • Dorian Gray - O. Wilde
  • Pride & Prejudice - J. Austen
  • Dracula - B. Stoker

lis et rature, littérature

Mercredi 11 février 2009


à travers les stores vénitiens j'ai vu un gros en veste marron
(avec une tête que je ne peux décrire que comme un marshmallow)
tirer le cercueil hors du corbillard : il était gris comme un cuirassé
avec des fleurs toutes jaunes.
ils l'ont mis sur une civière roulante recouverte d'un drap violet
et l'homme marshmallow et une femme blême tirée à quatre épingles
ont gravi la pente pour lui... et là...
instant unique – éblouissant – horrifique – gore – de fin du monde !
ils ont failli LE perdre, une fois –
j'ai vu le cadavre rouler
comme un dé jeté au cours d'une partie perdue d'avance - moulinant
des bras et shootant dans les ballons automnaux.

ils l'ont fait dans l'église
et je suis resté dehors
ouvrant mon cerveau à la vive lumière du soleil.

dans la chambre avec moi, elle chantait et se passait la main dans ses
longs cheveux d'or. (c'est vrai, Arturo, et c'est ce qui
rend ça tellement simple.)

« je viens juste de les voir rentrer un cadavre »,
lui dis-je.

c'est l'automne, il y a des arbres et des fils téléphoniques,
et elle chante une chanson que je ne comprends pas, une sorte de
Grand-Messe de la Vie.

et elle a continué à chanter mais je voulais mourir
je voulais des fleurs jaunes comme ses cheveux d'or
je voulais des chansons jaunes et le soleil.
c'est vrai, et c'est ça qui rend ça tellement étrange :
je voulais être ouvert et dénoué et
jeté.






C. Bukowski 
les jours s'en vont comme des chevaux sauvages dans les collines


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Dimanche 8 février 2009
               Pour répondre à votre question je dirais que je bois de l’eau et que je n’en fais pas une maladie ni même une question de principe parce que rien n’est plus naturel du moins me semble-t-il n’est ce pas mais arrêtez moi si je me trompe que d’étancher sa soif lorsque celle-ci se manifeste et dans mon cas je dirais que cela arrive entre deux et mille fois par jour parfois plus parfois moins cela dépend évidemment de différents facteurs qui peuvent être ou non c’est selon indépendants de ma volonté tel que par exemple mon envie de boire de l’eau parce que j’en éprouve le désir ou bien les changements de température parce que comme vous le savez certainement ce n’est pas moi qui vais vous l’apprendre ou alors si c’est le cas permettez moi de vous dire que vous devriez changer de métier et reprendre illico vos études donc dis-je qui dit grosse chaleur dit déshydratation et par là même nécessité de s’abreuver plus qu’à l’accoutumée c’est une question de logique et aussi de santé publique car vous n’ignorez pas je pense que notre corps est composé de 80% d’H2O et qu’il est nécessaire pour ne pas dire essentiel de renouveler régulièrement l’oxygène de notre organisme et qu’en cas de forte canicule par exemple comme celle qu’on a subi en 2003 mais à ce propos j’y reviendrai tout à l’heure parce qu’il se trouve que je sais des choses là dessus que le gouvernement nous cache et que je juge de mon devoir de dévoiler au grand public mais chaque chose en son temps n’est ce pas nous avons toute la journée devant nous alors autant procéder par ordre si vous le voulez bien et aborder les problèmes les uns après les autres pour ne pas s'emmêler les pinceaux et risquer de devenir confus parce que n’est ce pas comme dit si bien l’adage populaire à trop vouloir parler on finit par ne plus rien dire alors qu’avec un peu de discipline dans la maîtrise du discours il n’est pas du tout compliqué de bien se faire entendre et donc comprendre de son interlocuteur quel qu’il soit ce n’est pas vous qui me direz le contraire vu l’expérience que vous avez en la matière mais revenons à nos moutons je disais donc que lorsque nous nous retrouvons confrontés à des étés particulièrement torrides pour ne pas dire caniculaires notre besoin en eau augmente proportionnellement à la transpiration que nos glandes dites sudoripares produisent pour réguler notre température corporelle et éviter ainsi le dessèchement prématurés de nos organes vitaux tels que le coeur les poumons et dans une certaine mesure les genoux car avoir mal aux genoux lorsqu’il fait plus de 40 degrés Celsius à l’ombre excusez moi si cela vous paraît futile mais ce n’est pas de tout confort croyez moi je sais de quoi je parle étant donné que depuis que j’ai subi une quintuple déchirure des ligaments croisés suite à un accident de ski mes rotules sont comme qui dirait particulièrement sensibles au climat tellement même que ma mère dit souvent que je devrais travailler pour Météo France si vous saisissez le trait d’humour car ce n’est pas tout d’être sérieux il faut bien rigoler un peu ce qui ne m’empêche pas soyez en sûre madame de garder le fil de ma pensée et d’affirmer avec toute la force de conviction dont je suis capable qu’il est extrêmement important de boire abondamment et sans retenue lorsqu’il fait chaud surtout lorsqu’on est un enfant en bas âge ou bien une personne âgée car ces deux catégories sont vous l’ignorez peut-être parmi les plus fragiles de notre espèce et de ce fait beaucoup plus sujettes au dessèchement prématuré des organes vitaux choses dont nous avons eu la preuve lors que la fameuse canicule de 2003 qui si vous voulez ma pensée ne devait rien au hasard ni à un quelconque anticyclone tropical égaré comme les médias ont essayé de nous le faire croire mais avait été bel bien habilement orchestré par le lobby juif des eaux minérales en bouteilles de mèche avec les francs-maçons pour nous pousser à la consommation car tout le monde sait enfin ceux qui s’intéressent vraiment au sujet que ces gens mal intentionnés sont les enfants de l'Antéchrist venus d’une autre galaxie et qu’ils cherchent par tous les moyens à asservir l’humanité et qu’il s’infiltrent pour ce faire dans les plus hautes sphères du pouvoir et ce sont eux qui versent dans nos bouteilles les germes d’une maladie contagieuse dont on ne verra les effets que dans quelques centaines d’année et pour nous forcer à la boire et augmenter dans le même temps les bénéfices commerciaux de leur multinationales américaines ils ont installé dans le désert de l’Arkansas une usine secrète dont la mission est de réchauffer la planète et qui utilise pour atteindre cet objectif le même principe et la même technologie que celle du four à micro ondes élaboré par la NASA et qui envoie plus de 1000000 kilojoules de radiations électromagnétiques par seconde via un canon à pulsation iodée directement vers la couche d’ozone ce qui a pour effet évidemment de faire s’écraser les avions et ralentir les mouettes et fondre les glaciers de l’océan indien et l’un dans l’autre selon le principe du domino c’est tout l’équilibre de notre écosystème qui s’en trouve chamboulé tant et si bien que le Gulf Stream se refroidit et que les masses d’air équatoriales se dilatent sous l’effet conjugué de la chaleur et du sel évaporé pour finir par divaguer jusqu’à notre continent et provoquer le drame que l’on connaît c’est à dire l’extinction des escargots de Bourgogne et 15000 morts au mois de juillet et donc alors que fait le commun des mortels dans ce cas je vous le demande mais vous connaissez la réponse bien sûr il se rue vers son supermarché pour acheter de l’eau minérale infectée et hop ni vu ni connu le tour est joué et voilà on est tous corrompus par le germe judéo maçonnique et dans quelques années croyez moi nos enfants naîtront avec le nez crochu les oreilles pointues et une queue de cochons fourchues alors moi oui pour répondre à votre question je bois de l’eau tous les jours et parfois plus et je n’en ai pas honte et je ne m’en cache pas bien au contraire il m’arrive même de m’en vanter mais je ne me laisse pas prendre au piège de la société de consommation parce que je sais ce qui se trame alors j’ai élaboré mon propre système de filtration que je suis prêt à partager gratuitement avec tous mes compatriotes dans un souci d’humanité parce que je ne suis pas vénal et ne vois aucun intérêt à conserver pour ma seule jouissance personnelle une invention de cette importance n’est ce pas au diable l’avarice après tout c’est l’avenir de la race humaine qui est en jeu dans ce combat alors écoutez moi bien madame j’espère que vous enregistrez parce que c’est assez compliqué non pas que je doute de votre intelligence mais deux précautions valent mieux qu’une comme on dit ce n’est pas au vieux singe qu’on apprend à manger de la glace ni au cheval à boire de l’eau ce qui me ramène au vif du sujet à savoir le système de filtration que j’ai élaboré pour contrer la tentative d’infection généralisée de nos verres par les juifs et leurs alliés qui leurs mangent dans la main c’est à dire les grands médias bien sûr ainsi que les conglomérats industriels et pharmaceutiques sans parler des hautes sphères de la finance mondiale qui vous ne l’ignorez pas sont comme cul et chemise avec Israël tout comme d’ailleurs les gouvernements des pays les plus riches sans parler de ces intellectuels vendus à la cause sioniste et qui essaient encore de nous faire croire que la Shoah a existé alors que la plupart des gens sensés et bien informés savent qu’il n’en est rien et qu’Hitler et ses soi-disants camps de la mort sont une invention pure et simple et une manipulation d’échelle interplanétaire pour justifier la main mise des youpins sur la terre sacrée de Jésus qui doit passez moi l’expression sacrément se retourner sur sa croix à l’heure qu’il est et donc à présent ces égorgeurs d’enfants déicides contaminent notre eau minérale en bouteilles mais pas seulement car cette pollution criminelle concerne également les différentes marques d’eau de source et tenez vous bien ça va vous faire un choc mais comme on dit n’est-ce pas la vérité n’est pas toujours facile à avaler ce qui n’empêche pas qu’il faut bien que quelqu’un se lève et la profère à la face du monde même au péril de sa vie et si je dois être ce héros alors c’est que c’était mon destin de faire savoir à la population que l’eau du robinet aussi est infectée par le virus et que le seul moyen de protéger nos générations futures de la dégénérescence génétique est de filtrer l’eau d’où qu’elle vienne de la façon suivante à savoir tout d’abord la congeler à moins quarante degrés minimum et ce pendant une période comprise entre douze et seize heures exactement ni plus ni moins avant de la faire bouillir dans une cocotte en fonte jusqu’à évaporation complète des particules dans l’atmosphère particules que l’on récupérera sous forme de buée dans du papier toilettes 100% pure cellulose qu’il nous suffira ensuite d’essorer en ayant pris soin préalablement de s’être munis de gants de moto sur un filtre à essence de la marque KNECHT idéalement même si un BOSH peut faire l’affaire lequel filtre une fois imbibé de l’eau récupérée devra être à son tour congelé pendant trois ans minimum si possible dans de l’azote liquide avant de pouvoir en extraire l’eau purifiée et normalement prête à la consommation même si moi personnellement je préfère renouveler l’opération une petite dizaine de fois car comme dit le proverbe n’est-ce pas on est jamais trop prudent lorsqu’il s’agit de notre santé et qu’en plus nos ennemis sont nombreux et extrêmement malins et parfaitement bien organisés puisqu’ils ont équipés le cerveau des fourmis et des acariens de transmetteurs wifi avec webcam intégrée pour mieux surveiller nos mouvements et qu’à l’instant où je vous parle ils préparent certainement une contre attaque mais je m’en contrefiche parce que tant qu’il y aura sur terre des gens sains d’esprit et courageux et vigilants tel que votre serviteur si vous me permettez de m’envoyer ces quelques fleurs alors la résistance ne faiblira pas et nous ne baisserons pas les armes avant d’avoir fait éclater la vérité au grand jour quel que soit le prix à payer et la victoire assurément viendra récompenser nos efforts en des temps plus glorieux où les animaux et les hommes vivront tous main dans la main en harmonie avec les plantes et les esprits de nos ancêtres alors ce sera une nouvelle ère et les anges de l’Apocalypse reviendront sur terre pour nous couvrir d’or et d’amour et moi peut-être que je serai récompensé et pourquoi pas même sanctifié pour avoir sauvé la race humaine des griffes de ce complot mondial mais bon ça c’est autre une histoire n’est-ce pas comme on dit qui vivra verra et je parle je parle et le temps passe et je sais que vous avez d’autres entretiens à assurer hors je ne voudrais pas abuser de votre temps car comme on dit n’est-ce pas le temps c’est de l’argent et l’argent ne pousse pas sous les dents des poules alors je vais vous laisser en espérant que mon témoignage aura été utile à votre enquête d’opinion marketing et que votre client sera satisfait de votre travail et du mien mais avant de prendre congé si je peux permettre une dernière requête étant donné que j’ai beaucoup donné de ma personne pour faire avancer votre projet et que j’ai de ce fait dépensé des litres de salive il se trouve que j’ai un peu soif et que si vous le voulez bien je ne serais pas contre vous emprunter juste un petit verre d’eau minérale.

Issy les Moulineaux- 26/29 janvier 2009


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Lundi 2 février 2009


"Passant qui passes, si tu as acquis ce livre dans un dessein de futile gaudriole et d'épaisse rigolade, laisse-le là et va, passe ton chemin.
Car ce livre est le plus beau livre qui ait jamais existé. Le plus émouvant, le plus instructif, le plus moral, le plus élevant pour l'âme, le plus consolant pour le cancer des voies biliaires.
Car ce livre est le Livre.
Tout est dedans. Tout.
Maintenant que tu l'as acquis, jette au feu ta bibliothèque, tu n'en as plus besoin.
Si tu es dans l'affliction, ouvre le Livre. Si tu cherches la Lumière, si la Voie ne t'est pas évidente, ouvre le Livre. Quel que soit ton problème, la réponse est dans le Livre.
D'où venons-nous ? Où allons-nous ? Dois-je faire fusiller les curés de gauche ? Quel vin servir avec le turbot béarnaise ? Comment sodomiser un archange ? En quels termes convient-il de s'adresser à Dieu pour solliciter un petit secours ? Épouserai-je mon chef de rayon ? Dix jours de retard, est-ce que je devrais m'inquiéter ? Tout est dans le Livre. Ici ou là. Cherche, mon gars, cherche.
Et si tu songes qu'au nom de ce Livre des vierges furent livrées au bêtes, des philosophes brûlés vifs, des villes rasées, des provinces passées au fil de l'épée, des massacres sanctifiés, des injustices magnifiées, des bombardiers bénis, et qu'on n'a pas encore vu le plus beau, alors tu comprends qu'un Livre comme ça, ça ne peut pas être des conneries. C'est pas possible.
"



Cavanna, Les Écritures ou Les Aventures de Dieu et du petit Jésus

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Lundi 19 janvier 2009
J’étais assis dans cette pièce rose où la peinture s’effilochait. Plié en deux sur la cuvette, j’avais un ver dans les boyaux qui vomissait des SOS. Ensuite les toilettes débordaient. Ma merde m’engluait les chevilles. Je voulais m’essuyer mais le papier était mouillé. Une matière visqueuse et infecte. Au fond de ma gorge résonnaient les cris angoissés des hoquets que mon estomac contractait, en vain ; je dégueulais du vide. J’entendis gémir une poulie. Une trappe s’écarta sur ma tête et il se mit à pleuvoir : le plafond me chiait dessus ; des citernes d’excréments. Si je n’avais pas serré mes dents pour éviter d’en avaler, j’aurais pu hurler à la mort. A la recherche d’une issue, mes bras poisseux gesticulaient et soudain j’agrippai un fil électrique agrafé au mur. Il n’était pas assez solide pour me hisser vers la surface, mais je n’avais nul autre espoir auquel accrocher ma survie. Je le longeai du bout des ongles en retenant ma respiration, jusqu’à ce qu’il arrête sa course. Alors je découvris un trou creusé dans un recoin du mur.
Et j’aperçus le petit point rouge.
Qui clignotait.

Pour accoucher ces quelques lignes j’ai mis un masque de chirurgien, enfilé des gants de vaisselle et caché mes yeux maquillés derrière une paire de lunettes noires. J’ai enfoncé dans ma bouche un accessoire sophistiqué qui dénature mes cordes vocales.
Mes phalanges patinent sans arrêt sur les mauvaises touches du clavier. Collectionnent les fautes de frappes. Mes doigts ont encore une fierté qui veut me battre au bras de fer. La pièce est noire et mes paupières épileptiques. Seul l’écran éclaire mon visage.
Si je me cache à la lumière ce n’est pas par timidité. De toute façon il est trop tard. Je suis irradié au grand jour sous le crachat des projecteurs. Une mouche collée dans la toile.
Six milliards d’yeux, ça fait du monde.
Impossible de s’y dérober.
Vous avez tous vu ces images.
Monstre de foire, assis au fond de ma baignoire je transpire seul dans ma doudoune, fenêtre close et portes blindées, lumière éteinte, rideaux tirés. Une fois que j’aurai fini de taper, je cliquerai sur « envoyer » et détruirai l’ordinateur. Puis je passerai l’aspirateur, partout et jusque dans les trous, j’inonderai à l’eau de javel, foutrai le feu à l’appartement, et hop, envolé. Je changerai d’identité. Le temps qu’un autre prenne ma place au sommet de l’actualité.
Un jour, qui sait, vous m’aurez sans doute oublié, mais ce ne sera jamais assez.
Loin des regards, je continuerai à m’enfouir, aussi longtemps que quelque part existera le moindre rire.


Anduze/Issy les Moulineaux, 23-12-08/15-01-09

F. Zerbib, Des machins dans des choses

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Lundi 12 janvier 2009
Je suis né de gauche. Enfant je dessinais des bites sur le visage de Giscard. Dans mon cerveau brouillon, être de gauche, c'était simple comme La guerre des étoiles: les gentils communistes se battent contre les méchants capitalistes. J'étais du bon côté de la Force.

Je suis aussi né juif. Enfin, c'est ce que disait mon père, qui comme tout bon coco, était athée militant. C'était un peu moins simple à comprendre: autant je me sentais bien dans le costume du gentil de gauche, autant juif, c'était pas trop à la mode. J'étais pas super partant pour faire partie des squelettes qui montent dans le train.
Malgré tout chaque fois qu'un gamin blaguait sur les fours crématoires, j'avais du mal à ne pas rire _de mon étoile_ jaune. Ado, à la récré, je n'avais aucun problème à brandir l'étendard communiste, le poing tendu des damnés de la terre, justicier de l'espace, ça j'en étais fier, délégué de classe, je menais les grèves. Par contre mon bagage juif, je l'oubliais régulièrement sous le matelas du lit de ma chambre à gaz.

D'un coup j'ai eu vingt ans. Moins communiste mais toujours militant, enragé, engagé, de toutes les manifs, contre toutes les injustices: antilibéral, anticlérical, anti-Front national, anti- puis altermondial, j'avais pris le pack complet pour les débats en -al de fin de soirée et je trouvais ma lutte très classe
Quelque part je devais encore être un peu juif, au bout du couloir, le dimanche entre midi et deux, mais je n'y pensais jamais.
Le lendemain j'ai eu vingt-cinq ans. Dans un cortège à la mémoire de Brahim, un super pote m'a regardé dans les yeux en beuglant: "A bas Israël!" J'ai opiné du chef, en plissant quand même un peu les sourcils comme devant un truc nouveau dans une vitrine. Jour après jour, de plus en plus de potes m'ont tendu des tracts avec des slogans tout neufs: "On est tous des Palestiniens!", "Le sionisme est un fléau!", etc. Moi, comme j'avais pris tout le pack de gauche chez le marchand d'idées reçues, j'ai adhéré au discours et récité la leçon.

Jusqu'au moment où une ombre m'a dit: "Aujourd'hui y'a plus que les juifs pour défendre Israël!"
J'ai cligné de l'œil. Un doigt en est sorti. Puis une larme. J’ai senti le vent qui tournait, sale et puissant, dans le dos d’une pensée unique.
J’ai pris un Spasfon, mon courage à deux main, et j’ai questionné mes camarades.
Le premier m’a dit: “T’es parano, on a rien contre les juifs puisqu’on en à dans nos manifs!”
Un autre: “Israël on veut pas le détruire, de toute façon on pourrait pas, vu que les Etats-Unis sont derrière!”
Une autre: “Les juifs dès qu’on les critique, ils nous balancent la Shoah, alors que c’est eux qui se comportent comme des nazis!”
La même: "On va pas rester scotché toute notre vie sur un point de détail!” (lapsus véridique).
J’aurais besoin de tout un Charlie pour me faire l’écho de cette unanimité de gauche.
J’ai changé d’avis: je n’étais plus pro-Palestinien. Je n'etais toujours pas pro-Israelien. J’étais toujours de gauche mais complètement “La Paix maintenant!”. C’était la meilleure façon de cumuler mes idéaux zapatistes et ma compréhension du sionisme.
Comme toutes les histoires, la mienne a une fin. Un soir que j’essayais d’exprimer mon nouveau point de vue à un ami altermondialiste, il me mit la main sur l’épaule et murmura d’un ton plein de compassion: “Tu sais Franckie, dans ce débat tu as tort de mettre en avant ton identité.”
J’ai ravalé ma salive.
Mon cas était réglé.
Je n’étais plus de gauche.
Juste un juif.

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Lundi 8 décembre 2008
Viens, mon beau chat, sur mon cœur amoureux ;
Retiens les griffes de ta patte,
Et laisse-moi plonger dans tes beaux yeux,
Mêlés de métal et d'agate.

Lorsque mes doigts caressent à loisir
Ta tête et ton dos élastique,
Et que ma main s'enivre du plaisir
De palper ton corps électrique,

Je vois ma femme en esprit. Son regard,
Comme le tien, aimable bête,
Profond et froid, coupe et fend comme un dard,

Et, des pieds jusques à la tête,
Un air subtil, un dangereux parfum
Nagent autour de son corps brun.





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Jeudi 4 décembre 2008


Nous avons tous, quelque part sous la peau, tatoué nos terreurs.

Nos peurs ont des desseins que nous ne contrôlons pas ; elles obéissent à des logiques qui nous paraissent irrationnelles et s'organisent à leur façon, selon des schémas mystérieux, gravés malgré nous dans nos êtres par des souvenirs inconscients. Nous transportons ces étrangères comme des passagères clandestines, endormies la plupart du temps, mais prêtes à prendre les commandes au premier signe de faiblesse, quand un évènement extérieur vient par hasard nous secouer et arracher dans nos cerveaux les vieilles goupilles de la mémoire.

Enfant, pareils à l'imagination, ces sursauts souvent nous débordent, et il ne faut pas grand-chose pour que nos estomacs paniquent, une lumière éteinte, un escalier qui grince, une image captée de loin, dans une télévision ou par les vitres d'une voiture, vision qui peut nous sembler sur l'instant fugitive ou inoffensive mais qui plus tard et sans raison, revient nous hanter dans le noir, fantôme gazeux et obsédant que nous ne pouvons pas maîtriser et qui s'incruste dans une boucle de cauchemar éveillé, terrible.

Avec le temps, oui, tout s'en va, enfin disons que ça se calme, et l'on apprend à moins rêver, à renforcer notre raison, et peu à peu, de loin en loin, nous remportons ces combats qui nous semblaient perdus d'avance, les monstres disparaissent des coffres, les vampires restent dans l'écran, et les ténèbres aussi se vident de leurs sorcières et de leurs cris. Les diables retournent dans leur boîte, loin au fond de nos petites têtes blondes, et se blottissent avec nos peurs, en attendant une meilleure heure. Ce n'est pas vraiment que nous devenons insensibles, ni que nous ne craignons plus rien mais nos terreurs changent de visage, elles se font plus habituelles, plus banales, et s'appuient sur d'autres béquilles, quotidiennes et moins oniriques. Nous craignons pour nos emplois, pour nos histoires d'amour, pour notre avenir ou pour la planète, des peurs bien plus normalisées, presque domptées, et que l'on entretient avec une certaine lassitude pour lutter contre l'habitude.

C'est notre condition d'adulte que de savoir faire taire les loups qui hurlent au seuil de notre enfance, et même si parfois, nous tremblons encore dans le noir, nous avons oublié pourquoi et ne le répétons à personne. Ensemble, après avoir grandi, nous taisons nos enfers secrets, enterrons nos frissons d'horreur, nos peurs gamines et solitaires, pour nous retrouver en société, à débattre sur des sujets graves pour l'avenir de l'humanité.

La dernière peur vraiment personnelle que l'on s'autorise à partager porte un nom presque trop commun : La phobie. Tout le monde ou presque en possède une ce qui est vraiment bien pratique pour ne pas frissonner tout seul, tout en restant original. La phobie, c'est comme les briquets : une seule fonction originelle mais une infinité de modèles. Araignées, souris, vers de terre, avions, eau, vide, foule, pièce fermée, on aurait plus vite fait de compter nos neurones avec les doigts que de vouloir clore cette liste.

Loin de moi l'idée de ridiculiser la phobie en tant que source légitime de peur socialisable, car j'avoue qu'elle remplit son rôle : nous pouvons nous y abriter, comme dans la maison en brique du dernier des petits cochons, pour condenser toutes nos terreurs muettes dans une seule angoisse exprimable.

C'est vrai, personne ne vous regardera de haut si vous osez dire que vous avez le vertige. Si vous flippez des mouches personne ne la prendra et personne, ou presque, ne vous jugera fondamentalement raciste si vous avouez l'air désolé votre peur bleue du noir. La phobie reste donc, dans la limite du raisonnable, une appréhension acceptable.

En ce qui me concerne, et malgré le ton léger et légèrement cynique des quelques lignes précédentes - qui j'en conviens pourrait me donner l'air de ne pas savoir de quoi je parle et de traiter par dessus la jambe un sujet on ne peut plus sérieux - je ne suis pas mieux loti qu'un autre à ce propos. J'ai, moi aussi, une phobie incontrôlable qui m'handicape au quotidien et dont j'aimerais pouvoir me soulager sous vos yeux, si vous avez encore assez de patience pour m'accorder votre indulgence.

Car il se trouve que cette peur n'est pas vraiment à mon honneur, et que je risque fort non seulement de vous décevoir mais aussi de provoquer chez vous une réaction instinctive de rejet voire même, et j'en suis désolé d'avance, de dégoût incompréhensible.

J'aurais, croyez le bien, grandement préféré vous avouer une terreur plus formatée et sans doute plus au goût du jour, mais je ne peux pas me résoudre à déformer la vérité juste pour me faire bien voir des derniers lecteurs qui me restent à cette heure.

Disons donc qu'au point où j'en suis, je n'ai plus grand-chose à perdre à vous épargner cette épreuve.  

J'ai peur des bébés.

Bien sûr, j'entends déjà vos rires moqueurs, vos sifflets, vos huées et je vois tous vos doigts qui se dressent, accusateurs et bouleversés, et vos regards qui me méprisent, vos crachats qui me noient de honte. Vous me criez dans les tympans, salaud, sans coeur, espèce de connard insensible, il n'y a rien au monde de plus mignon, rien de plus tendre, rien de plus inoffensif et fragile qu'un bébé ! Et moi, brisé sous le poids de vos brimades, j'ose encore relever la tête et hurler par delà vos cris sous le jet des pierres dont vous me lapidez le visage : Oui les bébés sont des monstres, étranges et impitoyables, sans crainte et sans pitié ! Des choses bizarres remplis de morgue qui me scrutent de leurs petites orbites avec cette arrogance malsaine, cette espèce de sixième sens, cette faculté à me percer à jour, à traverser mon crâne, sans rien dire, comme pour tester mon existence. Et lorsqu'ils me fixent comme ça, sans sourciller d'un poil, ni trembler d'un cheveu, quand ils m'observent sur leurs chaises ou dans les bras de leurs parents, c'est comme si je me retrouvais tout nu et en direct sur toutes les chaînes de télé du monde, que l'univers entier pouvait pénétrer à l'intérieur de moi, pour disséquer mes pires secrets. Un bébé sait tout, tous mes souvenirs, toutes mes faiblesses, tous mes défauts lui sautent aux yeux, et c'est comme un miroir pour l'âme, qui me déforme et me renvoie en plein dans le coeur mes doutes et toutes ces peurs d'enfants, tous ces cauchemars que j'avais refoulé, toutes ces horreurs que je cachais, il les repère immédiatement, grâce à son radar de pureté, et j'aperçois ma cruauté, ma vieillesse, mes mesquineries, mes mensonges, mes manipulations bref, tout ce que je voulais cacher, aux autres et à moi-même, tout ce que j'avais appris à feindre avec des postures et des mots, mon armure sociale, le bébé l'explose direct, d'un coup d'œil, et je pars en lambeaux.

C'est l'instant le plus pénible de mon existence, le défi le plus insupportable, que d'être pendu à ses yeux, en sursis, en attente de son jugement dernier, car il me fixe, en équilibre, et dans ma tête je le supplie, non, s'il te plaît, ne pleure pas maintenant, ne pleure pas à cause de moi, je ne suis pas si mauvais au fond, juste un adulte qui fait ce qu'il peut pour se donner l'air de comprendre, un type paumé entre deux âges et qui au fond ne rêve que de s'oublier. J'attends, pendu aux yeux de cette vie qui me connaît mieux que personne et, croyez le ou non, chaque fois, malgré mes suppliques intérieures, malgré mes sourires crispés, mes regards implorants, et même parfois les grimaces débiles que je tente pour le dérider, j'aperçois sa petite mâchoire qui commence d'abord par trembler, puis sa bouche se tord à l'envers comme de la pâte à modeler et elle convulse, la langue tordue et je sais ce qui va suivre, le cri de la mort, le hurlement et la cascade de grosses larmes qui va secouer tout son petit corps, pour me punir d'avoir grandi. Le bébé n'a aucune pitié et c'est toujours la même scène qui se répète et après ça ne rate jamais, tous les regards se tournent vers moi, les parents, les amis, les invités, et tous me dévisagent avec le même air méprisant, ou encore pire, compatissant. Qu'est-ce que t'as fait ? Qu'est-ce que t'as dit ? Et moi, je réponds rien, je vous jure, c'est lui qui a commencé, j'essaie de prouver mon innocence, mais contre un bébé de six mois, bien sûr que c'est perdu d'avance. Pour eux, tout est ma faute et d'un seul coup je ne suis plus moi, mais juste quelqu'un qu'on ne comprend pas, quelqu'un qu'on préfère éviter, le lépreux, le pestiféré : un type qui fait peur aux enfants. Et je m'en vais la tête basse, par la petite porte des damnés, avec tatoué sur le front l'empreinte indélébile de ma honte, ma peur paniquée des bébés…


Frank Zerbib


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Mardi 2 décembre 2008


Je voudrais pas crever
Avant d'avoir connu
Les chiens noirs du Mexique
Qui dorment sans rêver
Les singes à cul nu
Dévoreurs de tropiques
Les araignées d'argent
Au nid truffé de bulles
Je voudrais pas crever
Sans savoir si la lune
Sous son faux air de thune
A un coté pointu
Si le soleil est froid
Si les quatre saisons
Ne sont vraiment que quatre
Sans avoir essayé
De porter une robe
Sur les grands boulevards
Sans avoir regardé
Dans un regard d'égout
Sans avoir mis mon zobe
Dans des coinstots bizarres
Je voudrais pas finir
Sans connaître la lèpre
Ou les sept maladies
Qu'on attrape là-bas
Le bon ni le mauvais
Ne me feraient de peine
Si si si je savais
Que j'en aurai l'étrenne
Et il y a z aussi
Tout ce que je connais
Tout ce que j'apprécie
Que je sais qui me plaît
Le fond vert de la mer
Où valsent les brins d'algues
Sur le sable ondulé
L'herbe grillée de juin
La terre qui craquelle
L'odeur des conifères
Et les baisers de celle
Que ceci que cela
La belle que voilà
Mon Ourson, l'Ursula
Je voudrais pas crever
Avant d'avoir usé
Sa bouche avec ma bouche
Son corps avec mes mains
Le reste avec mes yeux
J'en dis pas plus faut bien
Rester révérencieux
Je voudrais pas mourir
Sans qu'on ait inventé
Les roses éternelles
La journée de deux heures
La mer à la montagne
La montagne à la mer
La fin de la douleur
Les journaux en couleur
Tous les enfants contents
Et tant de trucs encore
Qui dorment dans les crânes
Des géniaux ingénieurs
Des jardiniers joviaux
Des soucieux socialistes
Des urbains urbanistes
Et des pensifs penseurs
Tant de choses à voir
A voir et à z-entendre
Tant de temps à attendre
A chercher dans le noir

Et moi je vois la fin
Qui grouille et qui s'amène
Avec sa gueule moche
Et qui m'ouvre ses bras
De grenouille bancroche

Je voudrais pas crever
Non monsieur non madame
Avant d'avoir tâté
Le goût qui me tourmente
Le goût qu'est le plus fort
Je voudrais pas crever
Avant d'avoir goûté
La saveur de la mort...


Boris Vian


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