Alors qu'en 2008 on avait pu assister à la disparition du Polaroïd face aux nouvelles technologies du numérique,
il semblerait que le vent Chinois nous apporte pour 2009 la réintroduction d'une relique de la photographie...
Rue89 en Chine
(De Pékin) Appareil photo d'un autre temps, le Holga revient à la mode en Chine continentale et à Hong Kong, où il avait vu
le jour. A une époque où les appareils numériques à visée reflex se démocratisent, le Holga
est pourtant clairement anachronique.
Ses pellicules, qu'il faut changer dans l'obscurité, ne permettent de faire que douze clichés, quand les nouvelles cartes
mémoire en enregistrent plusieurs milliers.
Pire: péché capital pour n'importe quel constructeur d'appareils, la lentille du Holga est en plastique, de mauvaise qualité
qui plus est, ce qui crée des aberrations de couleurs et empêche de faire le point.
"Ne pense pas, photographie!"
Le Holga aurait probablement déjà disparu s'il n'était tombé entre les mains de jeunes photographes inspirés, en Europe, en
Amérique du Nord et en Asie. Leur devise: "Ne pense pas, photographie!" Ils s'autoproclament "lomographes", du nom d'un appareil
soviétique, le Lomo LC-A avec lequel leur mouvement a été initié.
La lomographie a remis à la mode plusieurs appareils connus pour leur qualité médiocre, dont le
Holga, et son confrère le Diana, élu par un magazine de photo "pire appareil jamais construit". Pour les lomographes, il faut exploiter les défauts techniques des appareils à la recherche d'un
rendu artistique et se libérer au passage des codes traditionnels de la photographie. Sans complexes, ils ont donc recours à la photo non cadrée, à contre-jour, floue, sur-exposée,
etc...
L'histoire du Holga commence à Hong Kong, en 1982. Tout comme en Chine et au Japon, l'intérêt pour la photographie y est alors
énorme. Au beau milieu d'une multitude d'appareils bénéficiant des dernières innovations techniques va naître un non-sens technologique.
L'objectif était simple: créer un appareil minimaliste à un prix défiant toute concurrence. Il permettrait aux étudiants en
photo d'apprendre à se servir d'un appareil de moyen format et aux foyers modestes d'avoir des clichés de souvenirs.
Il allait être baptisé "ho gwong" en cantonnais, qui signifie "très clair". Pas volé pour un appareil sur lequel il est
conseillé d'ajouter une bande d'adhésif noir pour ne pas laisser entrer la lumière. Un petit effort d'européanisation du nom pour lui donner de la crédibilité sur le marché -et tenter de
dissimuler son étiquette "made in China", et voila apparaître le "Holga".
"Je l'aime parce qu'il réserve de nombreuses surprises"
Alors qu'il était sur le point de tomber dans l'oubli, au début des années 90, le Holga avec son look kitschissime lui donnant
l'air d'un jouet en plastique, allait attirer le regard des lomographes. Le mouvement s'est rapidement imposé à Hong Kong, où le Holga est redevenu un objet culte, avant de gagner, à l'heure
actuelle, la Chine continentale.
En 2007, la société lomographique Internationale a ouvert une
boutique à Pékin, confirmant le succès du Holga. "Il se vend très bien. Il suscite de plus en plus d'intérêt en Chine", explique Liu Qiang, vendeur du magasin de Pékin. Le Holga séduit de plus en
plus de jeunes Chinois.
"Je l'aime parce qu'il réserve de nombreuses surprises", explique Duo Duo, une lomographe pékinoise. Ce qu'elle préfère avec
lui, ce sont les doubles expositions. "Et puis, très honnêtement, il n'est pas cher du tout", ajoute-t-elle.
source : Rue89